BELGIQUE HORTICOLE,

JOURNAL DES JARDINS.

Bruxelles , imprimerie de Ve P. -M. De Vroom , rue d" '

LA

BELGIQUE HORTICOLE,

JOURNAL DES JARDINS,

DES SERRES ET DES VERCERS,

PAR

Charles MORREN,

Docteur en sciences, en philosophie naturelle et en médecine, Professeur ordinaire de botanique et d'agri- culture à l'université de Liège, Directeur du jardin botanique, Chevalier de l'Ordre de Léopold , de rOrdre royal et militaire du Christ, de l'Étoile Polaire de Suède et de ÎVorwcge, de l'Ordre royal de Dane- brog, de la Couronne de Wurtemberg, de la Couronne de Chêne, etc. Membre titulaire de l'académie royale des sciences , des lettres et des beaux-arts de Belgique, Membre du Conseil supérieur d'agricul- ture du royaume , Membre honoraire de l'académie royale de Dublin , correspondant des académies des sciences de Breslau, Florence, Madrid, Pfaples, Padoue, Rome, Turin, de l'académie royale d'agriculture du royaume de Sardaigne et de Piémont, Membre honoraire de la Société générale d'Agriculture des Pays-Bas, de l'Académie impériale des sciences de Rouen, de la Société royale d'encouragement de l'horticulture des Pays-Bas, du Cercle agricole et horticole du Grand-Duché du Luxembourg, Associé ou Correspondant des Sociétés impériales ou royales d'agriculture et de botanique, de Barcelonne, Berlin, Bruxelles, Caen, Chartres, Clermont-Ferrand , Cherbourg, Dijon ,1a Drenthe, Edimbourg, Gand , Groningue, Halle, Heidelberg, Leipzig, Mâcon , Malines , Marbourg, la Moselle, Paris, Ratisbonne, Rostok, Rotterdam, Rouen, la Sarthe , Silésie , Strasbourg , Stockholm, Utrecht , Valence , etc.

ET

Edouard MORREN,

Docteur en sciences naturelles, Membre de la Société impériale et centrale d'horticulture de Pari», Membre honoraire de la Société d'horticulture de Gand.

TOME V.

LIÈGE,

A LA DIRECTION GENERALE, RUE LOUVREX, 71.

1855

■ER:w CORR DIREX^

PROLOGUE

CONSACRÉ

A LA MÉMOIRE DE RICHARD COURTOIS,

Par Ch. Morren.

La biographie des hommes qui ont rendu des services à l'humanité et illustré leur patrie par des travaux scientifiques est pleine d'enseignements utiles. C'est un livre les événements contemporains ont bien souvent leur reflet, comme si la société, si progressive de sa nature, avait néan- moins et des vertus immuables et des vices incorrigibles. Tel savant, et la chose n'est pas rare, qui lutte aujourd'hui contre l'infortune et des mala- dies opiniâtres, trouvera dans l'histoire de la science des circonstances analogues à sa position ; tel autre qui nage dans l'opulence et jouit de tous les plaisirs de la vie, y apprendra bien qu'à plus d'une époque la fortune sourit au talent et que plus d'une fois, hélas! elle en a compromis les suc- cès. Et quand on se demande de quel côté est le plus de mérite, ou chez celui-ci aux vœux duquel rien ne s'oppose, ou chez celui-là dont la pa- tience invincible lutte toujours pied à pied avec les obstacles, la réponse

est facile Aussi la relation des malheurs qu'un ami de la science a

subir durant sa vie a-t-elle souvent ranimé l'ardeur des savants qui n'ont pas à se louer du sort; ils y ont trouvé un motif suffisant pour ne pas dé- laisser l'étude, qui nous met si souvent au-dessus des travers de l'huma- nité. L'histoire des sciences a son martyrologue et cela n'empêche pas une foule de victimes de se dévouer pour la même cause. C'est que cette cause est en effet sainte par elle-même et divine dans son but ; les hommes ne sont guère que des instruments qui obéissent à des vues providentielles.

C'est sous ce point de vue philosophique que la vie de Courtois se pré- sentera à nous, comme une lutte incessante entre l'amour de la science et les poursuites de l'infortune.

Richard-Joseph Courtois naquit à Verviers le 17 janvier 1806 (i) d'une famille d'industriels peu aisée. Son père était un petit fabricant de draps, chargé d'une famille nombreuse et ne pouvant donner à ses treize enfants une éducation soignée. Mais le doigt de Dieu était , et comme la chose

(1) Le Messager des sciences et des arts a publié (nouv. série, liv., p. 345) une notice forl courte sur Courtois : on l'y dit en février 1806, c'est une erreur; j'ai reçu de M™* Courtois et de la famille du défunt tous les renseignements désirables qui me mettent à même de recli- fier quelques dates mal désignées dans la notice du Messager.

arrive souvent, la plus vulgaire circonstance détermina la carrière du jeune Richard. L'étoile de Courtois devait luire vite et s'éteindre bientôt; une vie si pleine devait être courte. Placé dans une petite école d'enfants, il 4 ans il savait lire correctement; hors des heures des classes, il allait jouer avec ses camarades aux abords si pittoresques de sa jolie ville na- tale. On sait que Verviers estl'habitation du Nestor de la botanique belge, de M. le docteur Lejeune, qui préparait vers ces années sa flore de Spa , publiée en 1811. Dans ses visites médicales , il descendait souvent de che- val pour herboriser et recueillir les nombreuses espèces de plantes que produit un aussi beau pays, tout entrecoupé de montagnes, de vallons, de ruisseaux et de rivières. Le jeune Richard, tout enfant qu'il était, avait re- marqué ce manège; sa curiosité fut vivement piquée; son intelligence nais- sante, mais si précoce, se demandait ce qu'on pouvait voir de si attrayant dans les fleurs. Rencontrant souvent M. Lejeune, il quitte ses compa- gnons de jeu, longe les berges des chemins et se hasarde enfin à demander un jour à notre botanographe la permission de tenir la bride de son cheval. Son but n'était que de voir de plus près pourquoi et comment les fleurs occupaient tant M. Lejeune. Il comprit alors que leur diversité , leurs formes si gracieuses se multipliaient en quelques sorte par leur dis- section ; la curiosité , si naturelle aux enfants , si utile à l'homme fait , four- nit dès-lors à Courtois d'intarissables jouissances dans la contemplation de tant de beautés. Il n'osait pourtant soufiQer mot ; mais M. Sister, l'in- stituteur, avait remarqué le goût qu'il portait désormais aux fleurs et la constance qu'il mettait à suivre, de loin, le botaniste qui bientôt devait devenir son protecteur; il en parla à M. Lejeune; celui-ci interrogea le petit Richard et le prit en affection. Richard avait alors six ans; M. Lejeune le fit entrer au collège, et un an après, son protégé remportait le prix, dit du drapeau. 31. l'abbé Roland, qui dirigeait ses études, le destinait à l'état ecclésiastique.

Les honneurs font beaucoup sur le jeune âge. Les deux Flandres doivent sans doute le grand nombre d'hommes remarquables qu'elles ont produits dans les sciences, dans les arts et dans les lettres, aux démonstrations publiques de l'approbation que les succès ont obtenus de temps immémorial dans ces provinces. Les arbres plantés dans les rues, les arcs de triomphe, les guirlandes de fleurs, les inscriptions qui rappellent les noms des vain- queurs , les illuminations, les sénérades, les banquets du doyen de la rue habite le lauréat, ces fêtes du voisinage enfin, ces honneurs spon- tanés, que des concitoyens rendent sans le devoir, laissent dans la mé- moire de ceux qui en sont l'objet, des souvenirs qui font diversion aux mauvais jours de la vie et entretiennent dans l'âme une ardeur toujours nouvelle. Le prix du drapeau ressemble, à Verviers, à une tradition fla- mande, c'est un prix d'excellence accordé à celui qui l'emporte sur ses condisciples dans tous les concours; on conduit le lauréat chez lui, en cortège ; un grand drapeau porté en tête ouvre la marche.

Ce premier succès enflamma de zèle notre jeune Richard. A 14 ans, il avait fini ses humanités et remporté les premiers prix des classes supé- rieures au collège municipal de Liège, il était venu achever ses études. Ses parents étaient loin de pouvoir suffire à Tinstruction universitaire de leur fils ainè. M. Lejeune, qui avait en quelque sorte adopté Courtois, unit ses efforts à ceux de M. Gèmie, marchand de laines, à qui Vieuxtemps, cette autre précocité musicale, doit aussi en partie son avancement ; quel- ques amis généreux secondèrent les intentions de ces philanthropes et Richard Courtois résolut , en 1820, de faire ses études à Tuniversité de Liège. Le peu d'inclination qu'il avait pour les études théologiques, lui ayant fait porter ses vues vers la carrière médicale, c'est à la louable bienfaisance de ces hommes éclairés que la botanique moderne de la Bel- gique doit un de ses plus beaux noms et la province de Liège en particu- lier une de ses plus honorables illustrations.

A peine arrivé à Liège, Courtois fut remarqué par le professeur de lo- gique, M. Ignace Denzinger; on se rappelle toujours avec plaisir la tendre vénération, et je pourrais dire l'amour paternel que cet homme instruit portait à ses études. Richard, qui se distinguait autant par son jeune âge, puisqu'il n'avait alors que quatorze ans, que par ses connaissances, eut une large part à cette paternité professorale. M. Denzinger l'accueillit chez lui comme son enfant, et c'est qu'il apprit à manier avec facilité et élé- gance la langue latine alors en usage dans l'enseignement supérieur. La connaissance de cette langue, outre qu'elle devait être d'une nécessité ab- solue pour lejeune botaniste, devenait entre ses mains un moyen de faire quelques économies, car il fut mis, par la libéralité active et soigneuse de ses bienfaiteurs, à l'abri du besoin; il composait, lui si jeune, des thèses latines pour ses condisciples. Plus tard, lorsque le malheur vint assiéger son foyer domestique , le papier de ses thèses lui servait de feuilles d'her- nier et j'ai trouvé, sur les marges de ces publications, des notes fort inté- ressantes sur la flore du pays. Pouvait-il imaginer, lejeune Courtois, qu'a- lors qu'il serait devenu professeur, il serait à court d'argent pour acheter du papier et que les mêmes pages qu'il vendait à des élèves incapables de- viendraient le dernier véhicule de sa pensée?

A peine fut-il reçu candidat en médecine qu'il fut nommé chef de la cli- nique interne à l'hôpital de Bavière à Liège, il resta pendant deux ans» Mais quoiqu'il se destinât à la profession médicale, l'art de guérir n'avait pas toutes ses sympathies. C'est du reste un fait que la biographie des na- turalistes nous révèle presque partout, l'ne fois que l'homme, porté vers les sciences naturelles, a goûté de leur étude, toutes les autres branches des connaissances humaines, quelque lucratives qu'elles puissent être pour ceux qui s'y adonnent, perdent de leur intérêt, et le naturaliste, s'il se fait médecin, ne l'est jamais qu'à demi.

Aussi Courtois eut-il peu de succès comme médecin. Pendant qu'il était à l'hôpital, il eut l'occasion de signaler les connaissances qu'il avait

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acquises en botanique, grâce à l'amitié de M. Lejeune et aux leçons de Gaëde, professeur de sciences naturelles à l'université de Liège. L'univer- sité de Gand avait mis au concours de 1821 la question suivante : On de- mande une exposition succincte denos connaissances actuelles de l'origincy la situation^ la structure j et la fonction des organes servant à la propa- gation chez les plantes phanérogames? Il y eut trois concurrents, et Ri- chard Courtois remporta la médaille d'or, le 7 octobre 1822. Il atait alors 16 ans, et ce mémoire lui avait coûté un an de travail. Cette dissertation décèle déjà le genre d'écrit propre à son auteur» Une logique serrée , un classement d'idées très clair, un langage froid, un style concis, bref, une érudition profonde, peu de paroles et beaucoup de faits. Ce n'était qu'un travail d'élève pourtant, sans découvertes nouvelles, mais renfermant une exposition complète, comme l'exigeait la question, de tout ce que l'on savait alors sur la propagation des plantes et les amours des fleurs. Il est facile de s'apercevoir que ses relations avec MM. Denzinger et Gaëde, tous deux Allemands, avaient donné à l'esprit de Courtois une teinte germanique; ce qui, certes, en histoire naturelle, n'est pas à dédaigner, car on sait combien l'étude de la nature a fait de rapides progrès en Allemagne et quelle profondeur, mêlée d'une vaste érudition, distingue les écrits de cette partie de l'Europe.

A 19 ans, le 20 juin 1825, il fut reçu docteur en médecine avec la plus grande distinction. Il avait toujours conservé avec M. Lejeune des rela- tions suivies la botanique tenait, après la reconnaissance et l'amitié, le premier rang ; son protecteur , à l'exemple de plusieurs savants de l'Al- lemagne, avait conçu l'idée de publier une flore du pays en plantes sèches, un herbier mis en fascicules; et en 1825, l'année même Courtois devint docteur, il commença avec son jeune ami la publication de cet ouvrage, sous le nom de Choix des plantes de la Belgique. Chaque livraison fut composée de 50 plantes et l'ouvrage, qui a cessé de paraître en 1850, mît ainsi en circulation 1,000 plantes (20 livraisons) parfaitement classées et étiquetées, quelquefois décrites par les deux auteurs. Ce mode de publi- cation nécessitait de fréquentes et de copieuses herborisations ; il forçait le jeune docteur à visiter toutes les localités au moins de sa province. Ces visites pouvaient devenir utiles sous un autre point de vue : elles lui offraient l'occasion de rassembler tous les faits statistiques intéressants. M. Lejeune donna à Courtois l'idée de rendre plus utiles encore ses courses si variées, et il l'engagea à s'occuper de la statistique de la province de Liège. Ce fut cette circonstance qui lui fit prendre pour sujet de sa thèse , la topographie physico-médicale de la province de Liège. Il y examine successivement la position géographique , la constitution géologique et mi- néralogique, les marais et les fleuves, les eaux minérales, dont la liste est très-complète, les produits végétaux et animaux, la météorologie, la con- stitution physique et morale des habitants, l'hygiène, les maladies et les épidémies, la population et les hospices alors établis. Cette dissertation

devenue rare mériterait d'être traduite en français et reproduite , car elle renferme une foule de faits curieux et peu connus.

Les renseignements que Courtois avait rassemblés sur la statistique de la province de Liège, lui permirent de publier, en 1828, son ouvrage en deux volumes sur cette matière. Les études de l'auteur devaient le por- ter de préférence vers la topographie , la géographie physique et en géné- ral vers l'histoire naturelle. Aussi prit-il la statistique dans le sens res- treint du mot et nullement comme Say l'avait entendue; une foule d'élé- ments variables, ayant leur influence sur la situation sociale de l'homme, n'ont pas été examinés par lui, comme le nombre des crimes et délits, le mouvement de l'instruction publique, celui des consommations, etc. (1). Mais tout ce qui tient aux productions du sol, toutes les parties la con- naissance des sciences naturelles est une nécessité, ont été traitées avec habileté et, on doit le dire, aucune province en Belgique ne possède un recueil plus complet et plus exact. Si l'auteur avait vécu plus longtemps, la seconde édition de cet ouvrage, à laquelle il travaillait sans relâche, comme l'ont prouvé les notes manuscrites que nous avons examinées, au- rait rempli les lacunes qu'on avait signalées dans la première.

Après avoir obtenu le grade de docteur en médecine , Richard Courtois fut nommé, le l^*^ décembre 1823, sous-directeur du jardin botanique de Liège, sous le professorat et la direction de Gaëde. Cette fonction, créée pour lui , le mettait à même de se vouer exclusivement à son étude favo- rite, à ses chères plantes, les objets de ses plus anciennes affections. Son herbier s'augmentait considérablement, ses relations avec les botanistes régnicoles et étrangers devenaient de plus en plus fréquentes. Aussi, dès 1827, c'est-à-dire lorsqu'il n'avait encore que 21 ans, commença-t-il , de concert avec M. Lejeune, le Compendium florœ Belgicœ, dont le second volume parut en 1851 et le troisième en 1856, après la mort du jeune et infatigable naturaliste.

La botanique indigène a toujours compté dans notre pays de nombreux scrutateurs ; le royaume, étendu alors aux provinces de la Hollande, était exploré dans la partie septentrionale, par MM. Van Hall, Kops, Bergsma, etc., et dans la partie méridionale par MM. Roucel, Lejeune, Dumortier, Kickx, Tinant, Marchand, Krombach, M"'= Libert, etc. Cependantles fruits de leurs investigations étaient épars dans plusieurs ouvrages, mémoires ou notes. MM. Lejeune et Courtois résolurent de tout réunir et de joindre à ces données les résultats de leurs propres recherches. Le royaume eut ainsi sa première flore un peu complète. La description des espèces y est souvent originale ; les localités y sont indiquées avec soin , les synonymes revues aux sources mêmes; et, après tout, cet ouvrage mérite encore la

(1) Voyez pour l'analyse de cet ouvrage et les observations auxquelles il donna lieu, un arlicle de .M. A. Quelelcl {Revue encyclopédique, janvier 1829, p. 201).

préférciu'c sur tous ceux que nous possédions déjà. Le nombre des espèces qui y sont décrites est de 4791, les cryptogames cellulaires comprises.

Les fondions de sous-directeur du jardin botanique que Courtois rem- plissait à cette époque, n'étaient que faiblement rétribuées. Il crut que son sort pouvait s'améliorer par l'exercice de la médecine, et ne prévoyant pas qu'il lui serait impossible de s'adonner à la fois aux études prolongées qu'exige la botanique et à celles non moins ardues de l'art médical, il chercha à se créer une position indépendante, mais qui devait avoir de tristes suites pour sa santé, minée par un développement prématuré et par des travaux au-dessus de son âge. Le 25 septembre 1828, il épousa une jeune personne de Verviers^ M"® Louise Caro. Ce fut alors que, pour se faire connaître comme médecin, il publia la traduction de deux mé- moires allemands, l'un sur la dyssenterie du docteur Friedereicli, et l'autre sur V auscultation appliquée à la grossesse du savant médecin M. Ilaus, de W^urzbourg (1). Ces traductions attestent que la langue alle- mande lui était très-familière ; dans les sciences naturelles, il est impos- sible d'atteindre à quelque profondeur sans son secours.

Richard Courtois était loin d'avoir goûté jusque-là les douceurs de la vie de famille. Éloigné dès l'âge de 14 ans de ses parens, il avait malgré les secours qu'il recevait de M. Lejeune, éprouvé plus d'une fois les an- goisses de la pauvreté. Modèle de piété filiale et victime de l'amour qu'il portait aux auteurs de ses jours, il ne se serait jamais permis de leur adresser le moindre reproche. « Je ne reçois de la maison que les habil- lements, disait-il, dans une de ses lettres à M. Lejeune, mais laissons cela : ils ont encore assez de peine sans moi; je m'estime heureux comme je suis et je peux dire que tous mes herbiers et mes autres collections sont le fruit absolu de mes épargnes .... J'aurai ma chambre et le dé- jeuner pour 20 francs par mois et j'ai 53 francs de ma bourse universi- taire. Quant au souper, du pain et de la bière, je passe ainsi; je n'y attache pas grande importance; mais je suis libre ! » Voilà ce qu'il pen- sait et faisait étant étudiant. Mais plus tard, toujours pauvre malgré sa science, avec cette grande liberté, ce rêve creux d'un jeune homme de 14 ans, il ne pouvait aller bien en compagnie d'une jeune femme et des enfants qu'elle lui donnerait. Son logement au jardin botanique était des plus modestes pour ne pas dire moins , et son train de vie n'était guère propre à ne pas lui faire désirer un meilleur sort. C'était l'époque la Belgique commençait à murmurer hautement contre l'injuste répartition des emplois publics, accordés presque exclusivement aux Hollandais. La Belgique, qui avait fourni naguère des professeurs de botanique juste- ment célèbres aux universités de l'Italie et même à l'école la plus renom- mée de la Hollande, à Leyde, l'Athènes de la Batavie, comme l'appelait

;i) Voyez la liîte biographique des ouvrages de Courlois annexée h celle noiice.

XI

Meursius, la Belgique voyait à cette époque les six chaires de sciences naturelles alors existantes dans les universités du royaume, occupées par trois Allemands et trois Hollandais. Cet état de choses devait naturelle- ment apporter dans Tesprit de Courtois un mécontentement que malheu- reusement il ne sut ni déguiser, ni tourner de manière à ne pas lui donner l'apparence de l'ingratitude. A l'approche d'une révolution , les hommes se méfient les uns des autres et la froideur fait quelquefois place, dans ces temps d'exaltation, à des sentiments plus énergiques, mais aussi plus condamnables. C'est ce qui arriva entre Courtois et Gaëde à l'époque de la révolution. Après que Liège se fut ralliée au mouvement général de la Belgique, l'université de cette ville fut, comme toutes les autres, morcelée par la suppression de la faculté de philosophie et des lettres. MM. Den- zinger et Bronn, professeur d'économie forestière, retournèrent en Alle- magne, l'un immédiatement après les événements, l'autre l'année sui- vante, et quoique la faculté des sciences fût conservée, l'arrêté du IG décembre 1850, qui opérait de si grands changements, oublia, par une circonstance inexplicable, dans les nouvelles nominations, celle d'un professeur de sciences naturelles ; Courtois en conclut que Gaëde avait reçu par cela même sa démission , et plein de confiance dans ses sympa- thies pour la régénération politique de son pays , il courut demander à Bruxelles la place de son ancien professeur. Cette démarche malencon- treuse indisposa vivement contre lui ce dernier, que le gouvernement provisoire avait réintégré dans ses droits peu de jours après l'arrêté dont nous avons parlé. Depuis ce moment il n'y eut plus que des rapports légaux entre le directeur-professeur du jardin botanique et le sous-directeur. Ces malheureuses dissensions continuèrent jusqu'au 2 janvier 4854, jour mourut le professeur Gaëde.

Alors les demandes pour le remplacer devenaient légitimes ; mais le gouvernement, qui se proposait d'organiser par une loi longtemps atten- due les universités de l'État, s'était interdit en quelque sorte des nomi- nations nouvelles. Le collège des curateurs de l'université, d'accord avec le gouvernement, partagea l'héritage de Gaëde en plusieurs chaires, aux- quelles on nomma provisoirement Courtois pour la botanique; M. Carlier, remplacé plus tard par Schmerling, pour la géologie; Fohmann , pour l'anatomie comparée, et M. Davreux pour la minéralogie. Par une circon- stance fatale, il est à remarquer qu'en moins de trois années deux de ces savants, tous jeunes et pleins d'espérance, ont été moissonnés par la mort.

Courtois ne put longtemps contribuer à répandre le goût de la bota- nique par l'enseignement. Lorsqu'il alla à Gand, le jour de l'exposition jubilaire de la société royale d'agriculture et de botanique, pour assister au jugement des concours ouverts à cette fête mémorable, il portait déjà dans sa trop frêle organisation le germe de la maladie qui devait nous l'enlever. La phthisie pulmonaire le consumait , et les leçons qu'il don- nait avec beaucoup de soin n'étaient pas propre à calmer ses maux. Il ne

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tlisconlinuait pas d'ailleurs de travailler sans relâche à l'avancement des sciences; il commençait à recueillir même les fruits de ses travaux. L'Aca- démie impériale des curieux de la nature, siégeant à Breslau, cette ancienne et célèbre institution de rAUemagne, Tavait, en 1855, admis au nombre de ses membres. On connaît le singulier mode de nominations de celle illustre institution. Chaque membre porte le nom d'une célé- brité ancienne, dont les études et les sciences ont quelque analogie. Courtois y fut reçu comme un Dodonée II , remplaçant â notre époque ce célèbre Malinois que Cuvier fait naître à tort en Frise, et qui, méde- cin de Maximilien II et de son frère Rodolphe II, alla mourir à Le} de, n'ayant pu , comme Courtois enseigner la science des plantes que pen- dant très-peu de temps. Le botaniste verviétois publia, à ce sujet, une élé- gante disserlation, intitulée : Commentarius in Remherti Dodonœi pemp- tades, dans laquelle il établit une synonymie complète entre les noms que porlaient les plantes au seizième siècle, tels qu'on les trouve dans les ouvrages de Dodonée et ceux que la nomenclature actuelle leur attribue. 11 a joint à ce mémoire l'énumération des espèces indigènes et exotiques cultivées au jardin de l'infirmerie de la célèbre abbaye de Dilleghem , en 1G55, d'après I herbier du frère Bernard Wynhouts, herbier aujourd'hui en possession de M. Kickx. Ce travail est fort curieux pour l'histoire du commerce et de l'horticulture ancienne de notre pays ; car il démontre, comme son auteur l'a fait remarquer, que la Belgique voyait cultiver à cette époque une foule de plantes très-rares , surtout de Curaçao , des Molluques , du Brésil, etc. Les pères de cette abbaye possédaient déjà l'ananas dans ce temps, quoique Dodonée ne parle pas de cette plante. Comme je trouve que ce fruit, le meilleur de tous, n'a été introduit en Angleterre qu'en 4690, on voit, ainsi que je l'ai établi ailleurs pour les légumes et une foule de plantes, que très-probablement c'est encore une fois la Belgique qui a doté la Grande-Bretagne de cette production exquise.

Le 6 décembre 4854, Courtois présenta à l'académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles un mémoire sur les Tilleuls de l'Europe, qui lui valut le titre de membre correspondant de cette compagnie.

A la même époque, je dirai au même jour, M. Edouard Spach remit à Paris, aux directeurs des ^îmct/es des sciences naturelles, un travail sur la même matière, et l'histoire de ce bel arbre, si abondamment cultivé dans les sites pittoresques de la province de Liège, n'en deviendra que plus difificile. L'un et l'autre de ces botanistes ont, comme on le pense bien, créé des espèces nouvelles. M. Host, premier médecin de l'empe- reur d'Autriche, décédé en avril 1854, avait déjà précédé ces auteurs dans la détermination des espèces, confondues par Linné sous le nom de Til- leul d'Europe. Cet arbre méritait sous tous les rapports une attention particulière. Courtoisie regardait, d'après M. De Candolle, comme celui qui, en Europe, pouvait acquérir les plus grandes dimensions.

On cite cependant des Pins sylvestres et des VrèT\es[Fraximis excelsior)

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de 150 pieds de hauteur, tandis que la plus longue branche du Tilleul de Neustadt dans le Wurtemberg, dont on estime Tàge de 700 à 800 ans, ne mesure que 106 pieds de longueur. Il est très-remarquable que les espèces nouvelles citées par Courtois ont toutes été trouvées dans la même ave- nue d'une petite ferme des environs de Verviers.

Ce mémoire sur les Tilleuls fut le dernier de ses ouvrages , il le fit pa- raître en 1853. Le 14 avril de cette année il expira à l'âge de 29 ans, après quatorze mois d'une maladie qui n'avait que trop décimé sa famille. J'ai fait placer son portrait parmi ceux des grands botanistes qui ont illustré notre pays, sur le diplôme de la Société royale d'horticulture de Liège, entouré de ces tilleuls qu'il a si savamment décrits, et qui orne- raient sa tombe, si, dans cette province comme à Gand, comme dans tous les jardins botaniques quelque peu remarquables de l'Europe, on se plaisait à rappeler à la reconnaissance publique le souvenir de ceux qui se sont voués avec succès aux progrès des sciences et au bonheur de l'humanité.

Courtois mourut donc avant Tépoque les universités furent orga- nisées par une loi nouvelle; il ne put voir son sort s'améliorer, et même il éprouva quelques difficultés pour conserver sa place qui fut sur le point d'être supprimée, à cause d'une circonstance qui se rattache à des dissensions d'une politique anti-nationale à laquelle on soupçonnait, mais à tort, qu'il avait prêté la main.

Parmi les écrits importants qu'a laissés Courtois, nous ne devons pas passer sous silence sa Bibliographie générale de botanique, à laquelle il travailla plus de dix ans , et qui se compose aujourd'hui de près de 60 cahiers cartonnés, conservés par M. Fiess, bibliothécaire en chef de l'université de Liège. Dierbach (1), Von Miltitz (2), Bancks (5), Schweig- ger Seidel (4), etc., ont, il est vrai, en Allemagne et en Angleterre publié des bibliothèques de botanique excellentes, mais, d'après ce que nous avons vu. Courtois ayant profité de toutes ces sources, son ouvrage est infiniment plus complet. Les littératures belge et hollandaise, trop négli- gées par les étrangers, y sont admirablement traitées. C'est un vrai mal- heur pour la science que les personnes qui ont pris intérêt à la mémoire de Courtois et au progrès des sciences dans notre pays, n'aient pas fait publier jusqu'à présent un livre comme celui-ci qui intéresse l'Europe entière, et qui serait pour notre nation un titre des plus honorables. De- puis la mort de l'auteur, sans doute, une foule d'ouvrages ont paru, mais ce travail, complété par un homme habile, ne perdrait rien de son prix intrinsèque.

(1) Repertorium botanicum. Lenigo, 1851.

(2) Bibliotheca botanica. Berlin, 1829.

(3) Catalogue bibliotheca historiœ naturalis. London, dSûO.

(4) Literatur der Mathemalik, Natiir- und Gewerbskunde , von Ersch.

A dessein je n'ai point parle dans eette notice de l'influence exercée par Courtois sur l'horticulture et l'industrie des jardins, industrie si par- ticulière au peuple belge. C'est que je voulais présenter tout d'un trait l'utile impulsion que notre jeune naturaliste sut donner dans la province de Liège à cette branche si lucrative de commeree. Un homme d'un carac- tère de fer, d'un esprit entreprenant et décidé, fatigué d'arracher des profondeurs de la terre la houille qu'elle cache dans ses entrailles, trouva un jour l'occasion d'échanger son pileus de mineur contre la serpette. Sous les auspices du conseiller M. Fresart, il apprend les premières règles de l'état du jardinage. En peu d'années il réalise quelques bénéfices et monte les premières serres modèles que Liège ait connues. Cet homme, sans savoir un mot de latin, retenait avec une précision remarquable cette nomenclature botanique si ardue qui fait le désespoir de plus d'un éradit; il n'avait pas lu comme Mussche , le type des jardiniers d'après le pom- peux éloge de Van Hulthem, encore moins savait-il par cœur la Philoso- phia botanka de Linné. N'importe, 31. Jacob Makoy, car c'est de lui que je veux parler, créa l'établissement le plus vaste qui soit dans le pays et dans les Etats qui nous environnent, à l'exception de l'Angleterre, il de- vint le premier jardinier du continent. En peu d'années son commerce immense s'est étendu à la France et aux provinces rhénanes, à la Prusse, à l'Autriche, à toute l'Italie, à la Suisse, à la Russie, aux Amériques, etc. Sa carrière s'est liée à celle de Courtois, et l'existence de ce dernier s'était comme identifiée avec celle de M. Jacob Mackoy, le Cockerill de l'indu- strie horticole de la Belgique ; tous deux ils résolurent, à l'instar de ce qui s'était passé en 4809 à Gand, lors de la création de la société dite de Botanique de cette ville, de populariser à Liège le goût des fleurs. Ils créèrent la société, modestement mais justement appelée d'horticulture, en 1830 ; Courtois avait trop de jugement pour joindre, au titre de l'in- stitution qu'il cherchait à fonder, une domination fausse qui ne fût en har- monie ni avec l'occupation de ses membres, ni avec le respect qu'on doit à la science des Jussieu et des Linné ; il savait bien qu'en réalité c'est uniquement de la culture d'agrément et non de la science des plantes qu'on s'occupe dans ces sociétés, et le règlement constitutif qu'il rédigea, qu'il fit adopter par la commission d'installation et approuver par l'au- torité, est une preuve de sa manière de voir à ce sujet. Il fut nommé secrétaire de cette société, et ce fut lui qui rédigea les procès-verbaux des expositions et les notes qui parfois terminent les catalogues de ces exhibitions. La présidence était occupée par M. Gaëde. Cette institution répandit bientôt le goût paisible de la culture, et une foule d'établisse- ments horticoles surgirent de toutes parts à Liège et dans ses environs. Au milieu d'eux primait toujours celui de 31. Jacob 3Iakoy, que le roi, S. 31. Lèopold, visita à son premier voyage à Liège, et qu'il revit depuis à chacun de ses passages par cette ville , avec un nouveau plaisir. Cette visite avait donné à Courtois un vif désir de voir Claremont, les jardins

XV

et les serres de TAnglelerre, et grâce à la libéralité de celui-ci, il se ren- dit dans ce pays avec M. Jacob Makoy, an commencement de juin de Tannée 1855 et il consigna dans le Magasin d'horticulture, les observa- tions qu'il fit dans ce voyage extrêmement fructueux pour son herbier, puisqu'il y recueillit un nombre considérable de plantes rares. De plus, il remarqua les différents modes de culture et il se rendit, par les judi- cieux aperçus qu'ils firent naître en lui, aussi utile aux Anglais eux-mêmes qu'aux Belges. Ses remarques sur la mauvaise manière de tailler les pom- miers et les poiriers en Angleterre furent promptement traduites en anglais, dans la Grande-Bretagne et aux États-Unis. J"ai publié ailleurs que Courtois était plus connu en Amérique que dans son pays, et qu'un bon nombre de ses précieux articles ou mémoires avaient mérité l'hon- neur de la traduction dans le ^'ouveau-Monde (1), c'est ici l'occasion de dire que son Mémoire sur la géographie botanique est connu dans tous les pays le goût des cultures savantes a pénétré.

En rendant compte de son voyage, il eut Toccasion de parler des éta- blissements d'industrie horticole qu'il avait visités en Angleterre. Le jardi- nier de l'un d'entre eux, dont il n'avait pas cru devoir louer les méthodes, se vengea de cet oubli par un article fort injuste publié à Londres et à Paris et dirigé surtout contre les cultures du jardin botanique de l'uni- versité de Liège. Courtois y répondit par deux pages, qui contiennent l'état du jardin à cette époque, et qui seront utilement consultées pour l'histoire de nos jardins publics.

Richard Courtois était correspondant de l'académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, membre de l'académie impériale Leopol- dino-Carolino des curieux de la nature, de la Société royale de botanique et d'agriculture de Gand , de la Société d'horticulture d'Anvers, de Flore de Bruxelles et secrétaire de la Société d'horticulture de Liège.

Mourir à 29 ans , à un âge tant d'hommes n'ont rien légué encore à l'admiration de la postérité, et avoir publié à cet âge i7 ouvrages beaux et utiles ; vivre pendant vingt-neuf ans dans l'infortune et lutter sans cesse contre des obstacles qui détruisent l'avenir, et ne jamais se laisser abattre et redoubler toujours de courage et de patience ; voir autour de soi les places et les honneurs donnés aux hommes inactifs qui nommant leur si- lence de la modestie , paraîtront aux autres d'autant plus savants qu'ils auront moins dit ; et pour des travaux sans relâche, ne trouver de récom- pense nulle part... aimer les autres pourtant et ne pas en être aimé î

Telle fut la carrière de Courtois. Puisse le récit de sa vie rendre plus cir- conspects et plus justes ceux qui, par leur position ou leur influence, dé- cident du sort des hommes capables d'honorer leur époque et leur pays! Ces leçons ne de^Taient jamais être stériles.

(1) De rinfluence de la Belgique sur l'industrie horticole des ÉJats-Unis. Liège. 1837.

XVI

BIBLIOGRAPHIE DES OUVRAGES DE RICHARD-JOSEPH COURTOIS.

1822. Ricliardi Courtois, Ververiensis , Responsio ad quœstionem bolanicam ab ordine mathe- secs et pliilosophia? naturalis in academia Gandavensi , anno 1821 proposilam: Queritiir conciniia cxposilio coruni , qiiœ de organorum propagalioni inservenlium phanerogami- carum orlu, silu , fabricà et functione innoluerunt. Pag. 113, in-4o. Annales acailemm Gandavcnsis aH»i 1821-22.

1825. Conspectus topographia; physico-medicse provinciae Leodiensis quem publico examini sub- miltil die 20 mon. junii là25, auctor Rich. Courtois. In-i", pag, 55. Typis D. Stas et Kersten.

1827. Compcndium florie Belgicœ conjunctis studiis ediderunt A. L. S. Lejeuneet R. Courtois. Toni. 1 , 1827, p. 264, in parv. oct. Tomus II, 1831, 320 p. Tomus III, 1836 posl obilum Courloisii, p. 423. Tom. I et II Leodii, apud Collardin. Tom, III, Verviœ, apud Reniacle.

1827. Versiag van een plant- en landbouwkundig reisje, gedaan in julij 1826, langs de oevers der Maas van Luik naar Dinant, in de Ardennes en het groot hertogdom Luxembourg. In-8o, 27 pages. Bydragen. T. II, p. 450-479.

iVoTA. C"cst une relation fort instructive d'un voyage agricole et botanique entrepris dans le duché de Luxembourg, par Courtois et le professeur Bronn. Elle sera utilement consultée par les Aoristes.

1827. Aanleekeningcn over eenige planlen der Zuidnederlandsche Flora, en voornamelijk der Flora van de onislreken van Spa. In-S», 7 pages. Bijdragen. T. II, p. 292-299.

Nota. Cette notice a été faite en commun par Courtois et M. Lejeune.

1827. Verhandelinsç over de Ranunculacese der Nederlandsche Flora. 59 pages, in-S». Bij- dragen. T. ÏI, p. 69-110.

Nota. M. Lejeune a également travaillé à ce mémoire.

1827. Beschrijving van twee plantaardige miswassen. 5 pae;es in-S". Bijdragen. Tom, II, p. 226-227.

Nota. C'est l'histoire d'une prolification de VErysimum cheiranthoîdes et celle d^une semblable anomalie du Veronica monstruosa (média).

1828. Recherches sur la statistique physique, agricole et médicale de la province de Liège,

par R. Courtois ; 2 vol. iu-S^. Yerviers, Ch. Be|iufays.

Nota. Au 2e volume, après la page 281, s'ajoutent 14 tableaux non numérotés et un supplément de 23 pages avec une pagination particulière. L'université de Liège possède l'exemplaire de l'auteur avec une foule d'annotations et de corrections, surtout au premier volume, destinées à une seconde édition.

1828. Mémoire sur la dyssenlerie, par le professeur Friedereich de Wurzbourg, traduit de l'allemand d'après la édition, par Courtois, Liège, in-S».

1828. Mémoire sur l'auscultation appliquée à la grossesse, par G.-S. Haus, D. M. à Wurzbourg, traduit de l'allemand par R. Courtois. Liège, in-8o.

1829. Overzigt van de minérale vi^ateren en warme bronnen van het Nederland en een gedeelte

van Pruissen. 16 pages, in-8o. Bydragen. T. IV, p. 49-55.

Nota, C'est une statistique très-complète des eaux minérales et thermales de la Belgique.

1850. Catalogues et procès-verbaux de la Société d'horticulture de Liège, continués jusqu'en 1834.

1832. Magasin d'horticulture, par R. Courtois. Un volume ou douze livraisons in-S". Liège, Collardin, 1852-33.

Nota. La première livraison du second volume (1-2) a paru en 1834.

1833. Commentarius in Remberti Dodonaei pemplades; in-4o, 80 p.

uicta Acad. Cœs. Leop. Car. nat. curios., vol. XVII, p. 4. Nota. Des pages 65 à 80 est le second commentaire.

1833. Mémoire sur la population des villes de la province de Liège, 23 pag. dont 7 tableaux, in-8o, 1835.

Publié dans le Recueil de documents statistiques de Belgique, à l'établissement géographique de Bruxelles, par M. Ph. Van der Maelen , in-8o

1854. Lettre au Directeur du Journal d'horticulture de Paris.

Journal de l'académie d'horticulture de Paris, tom. II, nov. 1834, pag. 97-98.

Nota. C'est une réponse intéressante pour l'histoire de l'horticulture en Belgique, à une attaque fort injuste d'un jardinier de Londres.

1835. Mémoire sur les tilleuls d'Europe. In-8o, 18 pag. et 4 planch. Bruxelles chez M. Hayez.

Tom. ÏX des Mémoires de l'Académie royale des sciences de Bruxelles.

MANUSCRITS.

I. Bibliotheca bolanica, auctorc Rich. Courtois. Circiter fasciculi LX.

II. Tableaux d'organographie végétale. In-fol. piano.

(Extrait de l'Annuaire de l'Académie pour 1838.)

LA

BELGÏOUE HORTICOLE,

JOURNAL DES JARDINS, DES SERRES ET DES VERGERS.

HORTICULTURE.

HISTOIRE NATURELLE ET CULTURE DE VADAMIA VERSICOLOR

DE HONG-KONG,

Par m. Ch. Morren.

En 1829, Wallicli, dans son Tentamen Florœ nepalensis, fonda le genre Adamia sur une espèce du Népaul que les indigènes y appellent Bansook, et qui est devenue V Adamia cyanea. La dédicace de ce genre eut lieu en l'honneur du docteur John Adam de Calcutta. Les caractères du genre reproduits, en 1850, dans le 4^ volume du Prodrome de De Can- dolle et, en 1840, dans le Gene>'a d'Endlicher, comportent plusieurs erreurs depuis que M. Fortune a démontré l'existence en Chine d'une autre espèced'^(/amia,celledontnousdonnonsrhistoiredansces quelques lignes.

Après l'analyse sur le vivant, nous proposerions de modifier comme suit les caractères génériques :

ADAMIA. Wallich. Cahjx tubo hemisphœ- rico, ciim ovarii basi connato, limbo semi- supero quinque aut septem denlato, dentibus aculis, sinubus latis, oblusis. Covollœ rolatse petala quinque, sex, aut septem, suramo ca- lyci inserta, sessilia, seslivatione valvata, in anthcsi saepe summo adhœrenlia, imo dis- juiicta et caduca. Siawiina 10 ad 20,biserialia tôt exteriora , quot inleriora ; exteriora ma- jora, libéra, antherœ biloculares, basifixae , erecise, longitudinaliter déhiscentes, purpu- reo-cyaneae ; inleriora minora, antherœ intro- flcxae, demum erectee in anlhesi,roseae. Ova~ ritim seminiferuni, incomplète tri-quinquelo- culare, placenlis semi septorum marginibus adnatis, mulliovulatis. Styli quinque, dis- lincli, brèves; sligmatibus clavatis, sub- bilobis. Bacea semisupera , calycis limbo cincta, stylis persistentibus coronala, in- complète tri - quinquelocularis, semiseptis margine placenliferis. Sonina plurima, an- gulata, testa coriacea, adnata. Embryo in axi albuminis dense carnosi subcylindricus ; eotyledonibus brevissimis, radicula umbilico proxima, centrifuga.

BELG. HORT. T. V.

ADAMIE. Wallich. Calice à tube hémis- phérique conné avec la base de l'ovaire, limbe semi supère à cinq ou sept dents, dents aiguës, sinus larges, obtus. Corolle rotée,à cinq, six ou sept pétales, insérés sur le sommet du calice, sessiles, valvés dans l'œstivation, dans l'anthèse souvent adhérents par le sommet, disjoints au bas et caduques. Dix à vingt étamincs bisériées , autant au rang externe qu'à l'interne, les extérieures plus grandes, libres, anthères biloculaires, basifixes, dressées, s'ouvrant longitudinale- raent, d'un pourpre azuré, les intérieures plus courtes, anthères introflexes et à la fin droites dans l'anthèse, roses. Ovaire semi- nifère, incomplètement tri-quinqueloculaire, placentas adnés aux bords de semi-cloi- sons, multiovulés. Cinq styles, distincts, courts; stigmates clavés, subbilobés. Baie semi -supère, entourée du limbe du calice, couronnée par les styles persistants , incom- plètement tri-quinqueloculaire , les semi- cloisons placentifères au bord. Graines nom- breuses, anguleuses, testa coriace adnée. Embryon subcylindrique dans l'axe d'un albu- men dense et charnu; cotylédons très-courts , radicule proche de l'ombilic, centrifuge.

1

I

2

Les Adamia passaient pour des arbustes de Java et du Népaul, mais il fnul y ajouter actuellement la Chine. Ils sont glabres et rameux; les feuilles opposées, pétiolées, exstipulëes, oblongues-lancéolées , dentées; les panicules terminales , corymbeuses, multiflores, bleuâtres, roses ou blanches; les fruits sont bleuâtres ou cendrés. En parlant de la couleur bleue dans les caractères de ce genre, il faut remarquer que cette teinte est loin d'être d'une grande pureté : c'est un bleu terne, cendré, ardoisé, passant au rose faux, au violet ou au pourpre, mais sans avoir ce ton brillant dont parlent quelques horticulteurs, sir Joseph Paxton entre autres (voy. p. 522 du Magazine of Gardering and Botany 4855). Les botanistes hollandais Reinwardt et Blume séparèrent l'Adamia du Népaul de ceux de Java auxquels ils donnèrent le nom générique de Cyanitis (Bydr*: 921). De Candolle, dans le 4^ volume du Prodrome (p. dG), et Meisner dans ses Gênera (p. 137), ont adopté cette manière de voir dont Endlicher a fait justice en ramenant les Cyanitis aux Adamia. La conclu- sion de ces réunions est donc que cette forme de saxifragacées appartient aujourd'hui au Népaul, à la Chine et à Java.

La nouvelle espèce d'Adamia est le

A. VERSICOLOR. Forlune mss. Lindl. Hort. Soc. Jour»., vol. 1, p. 298. P ax- ions Mag. of Gard, and Botany 1849, p. 322. Fnilex naniis, ramosus, cauleet ramis leretibus, inlernodiis caulis sex-striatis, plabris; Foliis opposilis exstipulalis, peliola- tis, oblongo-lanceolatis , serralis, glabris et subtùs in eosta et nervis pilosiusculis; Pa- nicula corymbosa , terminali , multiflora , pyramidali aut subglobosa, dodrantali aut pedali; Floribics in alabastris albis , raox roseis, in anthesi purpureis, violaceis, uncia- libus. Calyce semi-urceolato , quinque aut seplem dentato; fe/a^js quinque ad deeera, cllipticis. siriatis, sulcatis, apice sœpe unci- nalo, carnosis ; 5/o>wijn'6i<5 deeem autviginti, biserialibus, alternis ; exterioribus majoribus saepe anthera cœrulescente erecta munilis; interioribus minoribus anihera rosea,pen- dula prsedilis, omnibus inlroflexis, ovatis, conformibus ; Stylis quinque, starainum ma- jorum longiludine ; Stigmatibus bilobis-cla- vatis, carnosis, purpureis. Fructu ignoto (v. v. e.).

V. lab. I,fig. I.

Fig. 1, Alabastrura. Fig. 2, Petalum in lafere depictura. Fig. 3, Petali faciès su- perior. Fig. 4, Slamina. Fig. 5, Sla- men ereclum majus, pollen cœrulescens aut cinereura. Fig. 6, Stamen minus, roseura. Fig. 7, Pistiilum.

A. VERSICOLORE. Fortune mss. Lindl. Ilort. Soc. Journ., vol. 1, p. 298. Pax- tous Mag. of Gard, and Botan. 1849, p. 322. Arbrisseau nain, rameux, tiges et rameaux arrondis, entrenœuds de la tige à six stries, glabres ; Feuilles opposées , sans stipules , péliolées , oblongues-lancéolées, dentées, glabres, côtes et nervures couvertes au-des- sous de très-petits poils ; Panicide corym- beuse, terminale, multiflorc, pyramidale ou presque globuleuse, de neuf pouces ou d'un pied de diamètre; Fleurs blanches dans le bouton, puis roses, à l'anthèse pourpres, violettes, d'un pouce de diamètre; Calice semi-urcéolé, de cinq à sept dents ;